Abus de biens sociaux : illustration des circonstances aggravantes
Lorsque le dirigeant dâune sociĂ©tĂ© profite de ses prĂ©rogatives pour dĂ©tourner des biens de la sociĂ©tĂ© pour son profit, il encourt une condamnation pour abus de biens sociaux. Une condamnation qui peut se voir alourdie si lâimplication dâune personne installĂ©e Ă lâĂ©tranger est Ă©tablie⊠IllustrationâŠ
Abus de biens sociaux : quid de lâenvoi de fonds Ă une sociĂ©tĂ© Ă©trangĂšre ?
Lâabus de biens sociaux se dĂ©finit comme « le fait, pour les gĂ©rants, de faire, de mauvaise foi, des biens ou du crĂ©dit de la sociĂ©tĂ©, un usage qu'ils savent contraire Ă l'intĂ©rĂȘt de celle-ci, Ă des fins personnelles ou pour favoriser une autre sociĂ©tĂ© ou entreprise dans laquelle ils sont intĂ©ressĂ©s directement ou indirectement », lâexemple le plus parlant Ă©tant lâutilisation de fonds monĂ©taires de la sociĂ©tĂ© pour le compte personnel du dirigeant.
Les sanctions encourues pour ces faits sont, au maximum, de 5 ans dâemprisonnement et de 375 000 ⏠dâamende.
Cependant, ces peines peuvent ĂȘtre alourdies lorsque certaines circonstances, considĂ©rĂ©es comme aggravantes, ont accompagnĂ© les abus de biens sociaux.
Cela peut ĂȘtre le cas lorsquâil est fait utilisation dâun compte bancaire ouvert Ă lâĂ©tranger ou en cas « dâinterposition dâune personne Ă©tablie Ă lâĂ©tranger ».
Dans une affaire ayant Ă©tĂ© rĂ©cemment portĂ©e Ă lâattention des juges de la Cour de cassation, des Ă©claircissements concernant cette derniĂšre notion ont pu ĂȘtre apportĂ©s.
Le dirigeant dâune sociĂ©tĂ© ayant justement Ă©tĂ© condamnĂ© pour des faits dâabus de biens sociaux, les juges ont retenu une circonstance aggravante liĂ©e à « lâinterposition dâune personne Ă©tablie Ă lâĂ©tranger » aprĂšs avoir constatĂ© que le dirigeant avait opĂ©rĂ© un virement bancaire dâun montant de 32 000 ⏠depuis les comptes de sa sociĂ©tĂ© vers une autre sociĂ©tĂ© basĂ©e Ă lâĂ©tranger.
Pour le dirigeant, la reconnaissance de cette circonstance aggravante nâest pas justifiĂ©e : lâinterposition dâune personne Ă©tablie Ă lâĂ©tranger suppose que ladite personne a servi dâintermĂ©diaire entre la sociĂ©tĂ© et son dirigeant pour faire transiter les fonds litigieux.
Il rappelle que ce nâest ici pas le cas puisque la personne Ă©tablie Ă lâĂ©tranger, une sociĂ©tĂ© luxembourgeoise, Ă©tait la destinataire finale du virement. Les sommes nâont pas Ă©tĂ© par la suite crĂ©ditĂ©es sur les comptes bancaires du dirigeant.
Pour lui, cela ne permet donc pas de caractĂ©riser quâil y ait rĂ©ellement eu une interposition entre la sociĂ©tĂ© lĂ©sĂ©e et son dirigeant.
Un argument peu convaincant pour les juges qui rappellent que, mĂȘme sâil nâa pas reçu les sommes personnellement, il est Ă©galement le dirigeant de la sociĂ©tĂ© luxembourgeoise. Cela suffit Ă Ă©tablir lâinterposition dâune personne Ă©trangĂšre dans le processus dâabus de biens sociaux.
Lâapplication de la circonstance aggravante est donc ici bien justifiĂ©e, selon les juges.
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